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En Normandie, la manufacture Bohin perpétue la tradition industrielle de la Risle

Publié le  05/08/2019
Jacques-Olivier Gasly
En activité depuis 1833, la manufacture Bohin, installée sur la petite commune de Saint-Sulpice-sur-Risle, non loin de L’Aigle dans l’Orne, est la dernière usine de fabrication française d’aiguilles et d’épingles. Un savoir-faire aujourd’hui entretenu par 38 salariés, dont les productions s’exportent désormais dans le monde entier…

A la fin du 19e siècle, la prospère entreprise Bohin a compté jusqu’à sept sites de fabrication d’aiguilles et d’épingles, tous situés sur les bords de la Risle et employant quelques 600 personnes. De cette épopée industrielle ne reste plus aujourd’hui que le site de production de Saint-Sulpice-sur-Risle, aux portes de l’Aigle. Un écrin privilégié où se dresse fièrement l’usine classée de la manufacture Bohin, reprise il y a de cela 18 mois par un jeune couple d’entrepreneurs, Audrey et Fabien Régnier.

“Mon épouse s’occupait de la communication et du marketing de la manufacture et avait déjà participé à la mise en place des visites de l’entreprise avec le musée. Alors quand l’opportunité s’est présentée, nous n’avons pas hésité”, explique Fabien Régnier, ancien banquier et aujourd’hui directeur administratif de l’entreprise dirigée par sa femme, Audrey Régnier.

“Nous n’avons rien touché à la fabrication. Les gestes, les machines sont les mêmes. Les plus récentes ont d’ailleurs près d’une cinquantaine d’années, la plus vieille datant de 1869 ! En revanche, nous avons modernisé notre packaging et repensé notre logo pour quelque chose de plus sobre et plus chic”, assure Audrey Régnier. Avec un soucis du détail qui va jusqu’à insérer un petit drapeau français pour signaler le “Made in France” du produit, mais pas trop gros, “pour ne pas en faire trop”, ainsi qu’une personnalisation des pochettes d’aiguilles comportant le prénom de l’opératrice.

 

Même si la manufacture Bohin souhaite rester discrète sur ses résultats, concurrence internationale oblige, ce sont chaque année plusieurs millions d’aiguilles (2 500 références), qui sont produites sur le site normand et expédiées dans le monde. “Aujourd’hui, nous sommes présents sur de nombreux marchés à l’export. Une part qui représente 38 % de notre production et 20 % de notre chiffre d’affaires. C’est donc dans cette logique que nous avons sollicité un accompagnement dans le cadre du dispositif “Impulsion Export*”, pour identifier de nouveaux marchés. Par ailleurs, nous sommes actuellement en discussion avec une grande entreprise normande en vue d’une collaboration qui pourrait voir le jour en 2020”, détaille Audrey Régnier.

Audrey et Fabien Régnier aux côtés d'Hervé Morin, président de la Région Normandie venu faire le point sur le dispositif Impulsion Export

Bohin, marque emblématique des couturières, a bien entendu eu à pâtir de la désaffection des activités manuelles observées depuis les années 80. Mais aujourd’hui elle bénéficie d’un retour en grâce par le succès du “do it yourself”. “Le marché de la mercerie reste compliqué. Et même s’il y a plus d’ouvertures de magasins que de fermetures, c’est bien vers l’export que nous devons nous tourner pour chercher des relais de croissance. D’ailleurs, sur ces marchés, en l’espace de six mois, nous avons enregistré une hausse de 20 à 30 % de la part export sur notre chiffre d’affaires”.

Pour entretenir ce phénomène, Bohin mise donc sur une forte présence sur les réseaux sociaux. Mais elle entend également valoriser le côté authentique et patrimonial de la manufacture. Ainsi, pour sa cinquième année d’ouverture au public, Bohin s’est tourné vers la société caennaise ATJ pour concevoir une visite virtuelle agrémentée d’un jeu sur tablette numérique pour les plus jeunes. Un dynamisme qui est sans nul doute à l’origine de la hausse de fréquentation en termes de visiteurs, passée en moins de 10 ans de 2 000 à près de 20 000 par an.

*En 2019, au titre du dispositif Impulsion Export mis en place par l’AD Normandie, la Région a soutenu Bohin à hauteur de 75 000 euros pour assurer le développement de son chiffre d’affaires par la croissance à l’export. L’entreprise Bohin souhaite instaurer la vente en ligne dans monde entier en BtoC pour élargir le modèle de distribution via des grossistes et merceries.

Par  Jacques-Olivier Gasly